Faire le deuil des parents qu'on aurait voulu avoir.
- Alexia Martini
- il y a 2 jours
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Par Alexia Martini, thérapeute et art-thérapeute
Un deuil dont on ne parle jamais

Il existe des deuils invisibles. Ceux dont on ne parle pas parce qu'ils n'ont pas de nom officiel, pas de rituel, pas de légitimité sociale.
Faire le deuil des parents qu'on aurait voulu avoir est l'un d'eux. C'est l'un des sujets qui revient le plus souvent en consultation et pourtant l'un des plus silencieux.
Parce qu'on ne perd pas une personne réelle. On perd une espérance. Celle d'une version de ses parents qui aurait pu voir, entendre, protéger, valider. Celle qu'on a longtemps espérée, parfois jusqu'à l'épuisement.
Le parent fantasmé : qu'est-ce que c'est ?
Le parent fantasmé c'est celui qu'on a imaginé. Celui qui aurait dû être là d'une certaine façon plus présent, plus attentif, plus chaleureux, plus stable. Ce n'est pas nécessairement un parent maltraitant ou absent. C'est souvent un parent qui a fait de son mieux, mais qui n'a pas pu ou pas su donner ce dont l'enfant avait besoin.
Ce besoin non comblé laisse une empreinte. Et cette empreinte on la retrouve souvent bien plus tard, dans la vie adulte, sans toujours savoir d'où elle vient.
Pourquoi ce deuil est-il si difficile ?
Plusieurs raisons rendent ce deuil particulièrement douloureux.
D'abord parce qu'il n'est pas socialement reconnu. On valide le deuil d'un mort, d'une rupture, d'un emploi. Mais le deuil de parents encore vivants qui n'ont pas pu donner ce dont on avait besoin, il n'y a pas de cérémonie pour ça. Pas de condoléances. Souvent juste de la culpabilité d'oser ressentir quelque chose.
Ensuite parce qu'il touche à l'espoir. Renoncer à l'idée que les choses auraient pu être différentes, que la relation aurait pu changer, que le parent aurait pu évoluer c'est souvent plus douloureux que la réalité elle-même.
Enfin parce qu'il implique de regarder ce qui a manqué. Et nommer le manque peut sembler trahir ses parents, les accuser, leur faire du tort.
Ce que ce deuil n'est pas
Faire ce deuil ne veut pas dire ne plus aimer ses parents. Ce n'est pas les condamner, les rejeter ou effacer ce qu'ils ont donné.
C'est accepter qu'ils n'ont pas pu ou pas su nous donner ce dont on avait besoin. Pas pu parce qu'ils portaient eux-mêmes leurs propres blessures. Pas su parce que personne ne leur avait appris.
Nommer ce qui a manqué ce n'est pas accuser. C'est se libérer.
Les signes que ce deuil est à faire
Ce travail de deuil est souvent à faire quand on observe certains schémas récurrents dans sa vie adulte :
Une tendance à chercher dans ses relations amoureuses ou amicales ce qu'on n'a pas reçu de ses parents. Une difficulté à se sentir suffisant, légitime, digne d'être aimé sans condition. Une colère ou une tristesse diffuse envers des parents encore vivants, sans pouvoir l'expliquer clairement. Une hypersensibilité au rejet ou à l'abandon dans ses relations. Une tendance à reproduire inconsciemment des schémas relationnels appris dans l'enfance.
Comment faire ce deuil ?
Ce travail ne se fait pas seul ou rarement sans accompagnement. Il demande un espace sécurisé pour nommer ce qui a manqué, traverser la tristesse et la colère qui peuvent accompagner cette prise de conscience, et progressivement se réapproprier ce dont on avait besoin.
En thérapie ce travail prend du temps. Il n'est pas linéaire. Mais il permet souvent de se libérer de schémas répétitifs et de construire des relations plus saines avec les autres et avec soi-même.
Un mot pour finir
Si ce sujet vous touche si vous vous reconnaissez dans cette description sachez que vous n'êtes pas seul. Et que reconnaître ce manque est déjà un acte courageux.
Ce n'est pas une question de bons ou de mauvais parents. C'est une question d'êtres humains imparfaits, transmettant parfois sans le savoir ce qu'ils ont eux-mêmes reçu.
Et c'est précisément là que le travail thérapeutique peut faire une vraie différence.



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